La première séance d’audition du volet éducation de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, intitulé : « Création, diffusion et acquisition des connaissances, comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture » a débuté le 7 avril 2026 et est particulièrement intéressante sur le volet formation.
Les trois audités sont Luc Ferry, Laurent Alexandre et Olivier Babeau, trois auteurs qui ont pris des positions disruptives sur l’IA et la formation (https://youtu.be/t_z9p9O90xE?si=GvGj8MWkF7JKgV8w ).
Que peut-on en retenir en grandes idées, forcément parcellaires ?
La première grande idée est la déconstruction de l’idée de complémentarité entre l’homme et la machine. Laurent Alexandre parle du « mythe de la complémentarité ».
Il prend l’exemple de la médecine où le médecin assisté par l’IA a un résultat nettement inférieur à l’IA seule. « L’IA seule est plus efficace que l’humain ».
Il ajoute que le coût marginal de l’intelligence tend vers zéro. Autrement dit que l’intelligence ne coûte plus rien et perd donc son pouvoir de distinction sociale pour reprendre Bourdieu.
Une nouvelle société est donc à construire pour l’homme.
Quelle sera sa place ?
C’est la seconde grande idée, celle de Luc Ferry qui réponde « Les humanités » pour penser le monde et non plus pour avoir un emploi.
L’homme a perdu la guerre de la cognition, mais peut gagner celle du sensible.
Quelle conséquence pour la formation ?
Le rôle de la formation change, il est celui de donner l’envie d’apprendre.
C’est le concept d’agence, faire de l’apprenant un acteur de sa vie professionnelle, vie qui devient un facteur de différenciation sociale.
Le travail de formation est pour reprendre le terme de Michel Maffesoli, d’érotiser la formation.
Enfin, la troisième grande idée est celle d’Oliver Babeau sur la fracture numérique, il cite l’effet Mathieu.
C’est Robert Merton, en 1968, qui reprend un verset de l’évangile « à celui qui a, il sera donné ».
L’IA peut amplifier les écarts entre les mieux dotés et les moins dotés, renforçant ainsi la « fracture cognitive ».
Ceux qui sont dotés d’un capital culturel, sont ceux qui sauront le mieux profiter des bienfaits de l’IA, laissant de côté les moins bien lotis.
D’autres études ne valident pas cette proposition. On peut prendre l’exemple de l’article de Shakked Noy et Whitney Zhang qui montre, à partir de l’analyse de Chat GPT de 2023, que l’IA augmente la productivité moyenne des moins qualifiées (40 % en temps et 18 % en qualité) et contrairement à Olivier Babeau assez peu celle des experts. L’idée doit être affinée.
Tous sont d’accord pour dire que la chose essentielle que l’école doit former aux fondamentaux : lire, écrire et compter pour avoir les bases d’un esprit critique, somme toute assez classique.
La révolution est pour eux anthropologique, je dirais rabelaisienne, pour faire de l’IA un progrès social.
Fait à Paris, le 06 mai 2026
@StephaneDIEB pour vos commentaires sur X
Source :
Shakked Noy et Whitney Zhang 13 juillet 2023 Science
https://www.science.org/doi/abs/10.1126/science.adh2586
Sur l’effet Mathieu de Robert Merton, 1968
https://www.science.org/doi/10.1126/science.159.3810.56
Sur l’effet Mathieu dans l’éducation, 1983
https://www.researchgate.net/publication/250184530_%27Matthew%27_Effects_in_Education