Shadow IA, risque ou opportunité ?

Le shadow learning est un phénomène récent né en 2019 de deux études américaines dans le milieu hospitalier. Il s’agit d’un apprentissage non validé par la politique de formation de l’entreprise qui se fait à l’initiative des apprenants sans en faire référence aux autorités. Le shadow learning de l’IA est l’usage de l’IA pour des raisons professionnelles hors du cadre des autorités d’organisation.

Selon l’étude EY work reimagined (6ème édition) menée auprès de 15 000 salariés et 1 500 employeurs dans le monde : 61 % des salariés français utilisent l’IA a minima de façon hebdomadaire, contre 65 % dans le monde. Nous sommes dans la moyenne.

Dans une étude française de l’INRIA et Datacraft (juin 2025) avec des participants comme Crédit Agricole, L’Oréal, Airbus ou l’Assurance Maladie, les chercheurs ont constaté que 37 % des employés utilisaient l’IA sans en informer leur hiérarchie. Dans l’échantillon, on peut noter que certains comme le Crédit Agricole ont encadré fortement la pratique de l’IA, mais la majorité n’a pas pris position.

Pourquoi ? Par peur de perdre leur emploi ou dévaloriser leur travail.

Yann Ferguson, sociologue de l’INRIA, considère que 65 % des étudiants seraient prêts à privilégier une entreprise qui privilégie l’IA dans ses pratiques.

La pratique de l’IA est fortement engagée par les collaborateurs… mais sans formateurs.

Une étude IPSOS pour Jedha Bootcamp, école d’IA (13 juin 2025) : 76 % n’ont reçu aucune formation IA et pourtant, ils apprennent par expérimentation ou entraide.

On assiste à une prise de pouvoir par les apprenants avec une pédagogie par tâtonnement individuel et collectif.

Qu’est-ce qu’on peut en dire ?

La majorité des articles soulignent le risque de cybersécurité, ce qui est fondé et souvent avancé par les organisations elles-mêmes pour encadré les usages.

Un autre risque pas moins important, est d’assurer la nouvelle gouvernance de l’IA, avec ou sans les entreprises, les collaborateurs apprennent, mais l’entreprise perd la maîtrise des compétences, faute de pouvoir les suivent.

La montée en puissance de l’apprenant-roi est parfaitement illustrée par le shadow learning de l’IA.

Le travail de l’entreprise est d’organiser la pairagogie, donner du sens, écouter les usages et socialiser la formation venue des apprenants. Le travail est d’érotiser l’apprentissage de l’IA pour donner l’envie de mettre cet apprentissage au service du collectif.

Le shadow learning de l’IA pose une question plus pédagogique que technologique : comment organiser l’horizontalisation de la formation ?

Fait à Paris, le 13 mai 2026

@StephaneDIEB pour vos commentaires sur X

 

Sources

Sur le shadow learning

https://affen.fr/pedagogie/le-shadow-learning-ce-que-nos-salaries-apprennent-sans-nous/

Etude EY  monde et France

https://www.ey.com/en_gl/insights/workforce/work-reimagined-survey

https://www.ey.com/fr_fr/newsroom/2025/12/ey-devoile-lenquete-work-reimagined-2025

Etude INRIA-Datacraft juin 2025

https://www.cmvrh.developpement-durable.gouv.fr/etude-sur-l-ia-au-travail-shadow-ai-et-usages-a5139.html

IPSOS / BVA 13 juin 2025

https://www.ipsos.com/fr-fr/ia-au-travail-six-actifs-sur-10-se-sentent-livres-eux-memes